
rien rien
Rien. Rien.
Il n’y a rien
que la vie qui passe
l’herbe qui repousse sur les chemins
quand personne n’y passe
les halètements d’un chien
l’air déjà chaud du matin
trois bonds de côté et des oiseaux
jaillissent sous mon nez
s’envolent et passent
et les montagnes là-bas, très haut
secrets qui me font face
Il n’y a rien.
Que quelques gouttes d’une pluie d’orage
que je guette avec mon visage renversé
le bruissement des branches de pin
soudain bousculées
des rafales sur le paysage
quelques miettes de pain éparpillées
que je me dépêche de terminer
il n’y a plus rien que le tonnerre
énorme, fracassant, qui prend tout
qui me rend la terre
Rien. Il n’y a rien.
Que la nature qui s’efface
lorsque je regarde les montagnes en face
que les montagnes grises
et le ciel au-dessus
le vol unique d’un aigle noir,
une tache de neige en résidu
véloces ectoplasmes de brume
masses remontant lentement
le cours de vallées dinosaures
lourds reptiles sous la lune
Il n’y a rien.
Que mon regard qui parfois se fane
et l’on me dit parfois triste femme
de l’autre moi il ne reste rien
que la force pour demain
rien que l’amour qui fasse
qu’il n’y a rien
rien.
rien de bien qui ne se fasse
sans que la vie passe
rien de ce qui se voit de loin
ne se voit mieux qu’en face.