
qui êtes-vous?
m’avez-vous demandé
j’ai voulu vous répondre
je suis
tellement impulsivement naïve
têtue dans ma lenteur
que j’en pleure parfois
je ne peux faire confiance
qu’au vol des libellules
au scintillement des étoiles
dans le ciel glacé de l’hiver
décidément rien n’a d’importance
que de vivre
dans la poésie du monde
je suis
un narcisse double
d’une espèce inadaptée à nos climats
je survis à mon instinct animal
à mes gènes de navigateur perdu
prêt à voir apparaître la terre
à tout instant
je suis
bien capable
de regarder les choses tomber autour de moi
se poser comme elles se posent
et rester là
je suis
une illuminée du troisième sous-sol
version mutants groggies
et tétons à tous les étages
confondue dans le paysage
à la caste des esclaves
j’œuvre en secret à des soulèvements de joie
(j’ai plié ma cape en un tout petit paquet :
plus pratique pour le voyage)
je suis
une pisse-dru
une bois-sans-soif
collectionneuse d’amours mortes-nées
mais pas coureuse de jupons
plutôt danseuse de cabarets sauvages
brûlant des cierges
à un certain absolu de l’amour
je suis
un courant d’air
à peine m’a-t-on sentie
que l’on m’oublie en frissonnant
je suis une étoile filante
aux ongles noirs aux mains caleuses
je suis
des pistes qui
« se perdent dans les bois pour gagner la forêt »
mais les frontières sont floues
et la pente oblique
je suis un fil ténu qui parfois se délite
les élans les creux
les remous qui m’agitent
je suis celle qui vous guette
attardée sous une ombrelle
cherchant la source
mais tu le savais déjà
